Relecture de manuscrit : comment réécrire un texte efficacement

Relecture de manuscrit

La relecture de manuscrit ne consiste pas à traquer trois virgules dans un texte dont vous supprimerez peut-être trois chapitres demain. Il s’agit plutôt de reprendre votre livre du plus gros problème au plus petit : d’abord l’histoire et l’ambiance générale, puis la structure, les personnages, la cohérence, le rythme, les scènes, le style et seulement à la fin l’orthographe.

En résumé : pour relire son manuscrit efficacement, il faut effectuer plusieurs passages distincts et ne corriger qu’un type de problème à la fois. Commencez par le fond et finissez par la forme. Une bonne réécriture de texte ne ressemble pas à une immense séance de correction : elle ressemble à une série d’opérations ciblées.

Qu’est-ce qu’une relecture de manuscrit ?

La relecture de manuscrit est le travail qui transforme un premier jet en livre lisible. Et non, « lisible » ne signifie pas seulement « sans fautes ». Un roman peut être parfaitement orthographié et mortellement ennuyeux. À l’inverse, une bonne histoire encore maladroite peut captiver malgré ses défauts.

La relecture vérifie plusieurs couches :

Le fond

L’intrigue, la structure, les enjeux, les personnages, leur transformation, la cohérence, le thème et la fin.

La forme

Les scènes, le rythme, le point de vue, les descriptions, les dialogues, le style, la grammaire et la présentation.

Certains auteurs pensent que la relecture d’un manuscrit consiste à vérifier l’orthographe et corriger quelques passages. Ils déplacent une virgule, remplacent « très beau » par « splendide », et rallongent l’explication du dénouement pour être bien certains que le lecteur se retournera bien dans sa tombe après être mort d’ennui, le tout en une seule fois.

Je crois au contraire qu’elle devrait constituer au moins la moitié du travail, la première moitié consistant en la planification et l’écriture du premier jet.

La règle est simple : on commence par le fond et on finit par la forme. Vous ne repeignez pas une maison avant de réaliser que ses fondations ne sont pas solides, n’est-ce pas ?

Avant la relecture : laissez votre manuscrit tranquille

réécrire un manuscrit

Laissez rompicher votre manuscrit pendant quelques temps

Vous venez de terminer votre premier jet et vous avez envie de l’ouvrir dès demain pour « juste corriger deux ou trois trucs ». Non. Fermez ce fichier.

Votre cerveau connaît encore chaque intention, chaque raccourci et chaque scène supprimée dans votre tête mais jamais dans le texte. Il complète automatiquement ce qui manque. Vous ne lisez donc pas ce que vous avez écrit : vous lisez ce que vous croyez avoir écrit.

Laissez reposer le manuscrit au moins deux semaines. Un mois est encore mieux si vous le pouvez. Allez faire du badminton, escalader un truc assez haut ou nager avec des dauphins. Des maquereaux feront l’affaire si votre budget est limité.

C’est bon ? Vous avez un peu oublié qui est Clara ? (C’est votre protagoniste.) Alors on y va !

Avant de commencer :

  • faites une copie datée du premier jet ;
  • créez un document nommé « Journal de réécriture » ;
  • notez-y les problèmes, les décisions et les éléments à vérifier ;
  • changez la police, la taille ou le support de lecture ;
  • préparez une version imprimée ou exportée en PDF si cela vous aide à voir le texte autrement.

Le changement de forme est utile : votre cerveau reconnaît moins bien le texte et cesse un peu de réciter avec vous.

La méthode complète de relecture de manuscrit en 9 étapes

Chaque étape possède un seul objectif. Lorsque vous travaillez l’intrigue, vous ne vous occupez pas des adverbes. Lorsque vous corrigez l’orthographe, vous ne refaites pas le climax. Imaginez votre réécriture de texte comme un chantier où tout est construit dans l’ordre.

Petit test pour voir si vous suivez :

La réécriture d’un texte, c’est comme :

A. Une pizza quatre fromages avec des artichauts en supplément
B. Un chantier où tout le monde court avec des brouettes vides en hurlant « je vais repeindre les volets »
C. Un chantier organisé où l’on travaille dans l’ordre et efficacement

Vous avez répondu A : vous avez faim. Vous avez répondu B : vous avez faim ET vous n’êtes pas concentré. La réponse était bien C.

1. Première relecture de manuscrit : Lire le manuscrit d’une traite

Ressortez votre manuscrit du placard du disque dur, imprimez-le et lisez-le comme un lecteur. Pas comme un professeur de français en colère. Pas comme un auteur qui cherche la phrase honteuse qu’il pourra utiliser pour se flageller pendant trois jours. Suivez l’histoire, tranquillement, avec votre chat qui ronronne sur vos genoux (chaque ronron est une incitation à la bienveillance envers vous-même).

Votre première question n’est pas « Est-ce bien écrit ? », mais :

Qu’ai-je ressenti en lisant ce livre, et est-ce bien ce que je voulais faire ressentir ?

Notez vos impressions sans interrompre constamment la lecture :

  • les passages où vous vous ennuyez ;
  • les moments où vous ne comprenez plus ;
  • les personnages qui disparaissent mystérieusement du roman ;
  • les scènes que vous attendez avec impatience ;
  • les révélations qui tombent à plat ;
  • les émotions réellement produites par la fin.

Vous pouvez mettre une petite note dans la marge, mais ne commencez pas encore à tout barrer. Cette lecture sert à établir le diagnostic général. Le patient n’a pas besoin que vous lui amputiez trois membres à l’aveuglette.

2. Deuxième relecture : Revoir la structure et l’intrigue

Vous allez maintenant examiner ce qui se passe concrètement. Résumez chaque chapitre en une ou deux phrases. Si vous êtes incapable de résumer un chapitre autrement que par « Ils parlent beaucoup et on en apprend un peu plus sur le passé de Géraldine », il est possible que le chapitre n’ait pas de véritable fonction.

Pour chaque chapitre, notez :

  • ce que désire le personnage ;
  • ce qui l’en empêche ;
  • ce qui change entre le début et la fin ;
  • l’information nouvelle apportée au lecteur ;
  • la conséquence sur la suite.

Une intrigue doit avancer par causalité. Le chapitre 3 se produit à cause du chapitre 2, et non simplement après lui. Votre protagoniste agit, son action produit une conséquence, cette conséquence crée un nouveau problème. Voilà le moteur.

Vérifiez également :

  • que l’élément déclencheur arrive avant que le lecteur ait eu le temps de refaire sa vie ;
  • que les obstacles deviennent plus difficiles ;
  • que les enjeux augmentent ;
  • que le climax fait se confronter le protagoniste à l’antagoniste (ou à son problème principal) ;
  • que la fin répond à la promesse du début (ou à la grande question).

Une scène très jolie mais inutile reste inutile. Vous pourrez toujours la conserver dans un fichier intitulé « Magnifiques passages assassinés par nécessité ». Tous les auteurs finissent par posséder ce cimetière.

Pour approfondir la construction générale, consultez aussi la méthode complète pour écrire un roman et le guide consacré aux fins et aux chutes.

3. Troisième réécriture : Reprendre les personnages et le thème

Un personnage principal ne doit pas seulement traverser les événements : il doit vouloir quelque chose, faire des choix et payer le prix de ces choix. Vérifiez son arc narratif du début à la fin.

Posez-vous franchement ces questions :

  • Que veut-il au début ?
  • De quoi a-t-il réellement besoin ?
  • Quelle faiblesse provoque ses mauvais choix ?
  • Quel événement l’oblige à évoluer ?
  • Que comprend-il — ou refuse-t-il de comprendre — à la fin ?

Faites ensuite le même travail, plus rapidement, pour les personnages secondaires. Ils ne doivent pas tous suivre une transformation spectaculaire, mais ils doivent avoir une fonction : aider, résister, révéler, tromper, compliquer, incarner une autre réponse au thème.

Le thème n’est pas un slogan que vous placardez dans chaque dialogue. C’est la vision qu’il y a derrière votre récit. Vos personnages ont peut-être complètement oublié votre thème pendant le premier jet et vécu leur vie comme s’ils se fichaient de votre projet philosophique. Cela arrive. C’est le moment de les rappeler à l’ordre.

Vérifiez que le thème résonne dans :

  • les choix importants ;
  • les transformations ;
  • les relations ;
  • les symboles ;
  • la fin réservée à chaque personnage.

Attention toutefois à ne pas transformer le roman en dissertation. Le lecteur doit comprendre votre pensée en regardant les personnages vivre, pas en recevant un exposé PowerPoint au milieu d’une scène de meurtre.

4. Quatrième étape pour réécrire un texte : Vérifier la cohérence, l’univers et le point de vue

Cette étape rassemble trois vérifications qui touchent à la crédibilité du récit.

La cohérence factuelle

Contrôlez les dates, les âges, les déplacements, les objets, les blessures, la météo, les horaires, les liens familiaux et les informations connues par chacun. Si votre héros sort de sa voiture au chapitre 6 et se retrouve à nouveau au volant au chapitre 7 sans y être remonté, ce n’est pas du réalisme magique. C’est une incohérence.

La crédibilité de l’univers

Plus une histoire est extraordinaire, plus elle a besoin de détails ordinaires. Un monde fantastique devient crédible lorsque ses habitants ratent leur bus, paient trop cher une boisson, râlent contre une administration ou cassent une machine au mauvais moment. Ramenez du prosaïque, voire du trivial, dans le fantastique.

Le but n’est pas de dire au lecteur : « Regardez comme mon univers est merveilleux. » Le but est de lui faire croire, pendant quelques heures, que tout cela existe vraiment.

Le point de vue

Pour chaque scène, demandez-vous :

  • Qui perçoit ce qui se passe ?
  • Qu’est-ce que ce personnage sait ?
  • Qu’ignore-t-il ?
  • Quelles pensées le lecteur peut-il connaître ?
  • À quelle distance se trouve-t-on de sa conscience ?

Une pensée appartenant soudain à un autre personnage peut casser l’immersion. En point de vue interne immersif ou en focalisation interne, le lecteur ne doit pas connaître ce que le personnage focal ignore. Transformez une pensée inaccessible en geste, en parole, en hésitation ou en impression.

Ne changez pas tout le point de vue du roman simplement parce qu’un autre vous paraît plus séduisant au moment de la réécriture. Votre premier jet a probablement construit une tonalité autour de ce choix spontané. Corrigez les écarts avant de dynamiter l’ensemble.

5. Cinquième relecture de votre texte : Retravailler le rythme, les chapitres et les scènes

Le rythme se joue à quatre niveaux : le roman, les chapitres, les paragraphes et les phrases.

Le rythme du roman

La tension doit progresser. Les obstacles se renforcent, les choix coûtent plus cher et les conséquences deviennent plus difficiles à réparer. Si le milieu du roman ressemble à un long couloir où les personnages attendent que la fin arrive, ajoutez des décisions, des complications et des pertes.

Le rythme des chapitres

Un chapitre fonctionne comme une petite histoire : une situation, un objectif, un problème et une modification. Il ne doit pas obligatoirement se terminer avec un cadavre suspendu à une falaise, mais sa fin doit créer un mouvement vers la suite.

Le lecteur doit penser : « Encore un petit chapitre et j’arrête. » Puis ne pas s’arrêter. Vous êtes son fournisseur temporaire de dopamine, comportez-vous en professionnel, que diable !

Vérifiez notamment :

  • les chapitres trop longs qui contiennent en réalité deux mouvements ;
  • les débuts remplis d’installation inutile ;
  • les scènes qui s’étalent avant que quelque chose d’intéressant se produise ;
  • les fins qui continuent longtemps après que la scène est terminée ;
  • les ellipses qui pourraient supprimer des trajets, repas et salutations sans intérêt.

Le rythme des paragraphes et des phrases

Alternez les longueurs selon l’effet recherché. Une phrase seule attire l’attention. Des phrases courtes accélèrent une scène. Des phrases plus longues permettent la réflexion, l’observation ou l’essoufflement. La monotonie naît souvent d’un texte où tout possède exactement la même durée, le même volume et le même souffle.

6. Sixième passage : Réécrire les scènes, descriptions et dialogues

Une scène doit produire quelque chose : une décision, une révélation, une rupture, une erreur, une perte, un déplacement du rapport de force. Deux personnages peuvent rester assis dans une cuisine pendant dix pages ; s’ils se livrent une guerre psychologique féroce, c’est une scène d’action. Ne confondez pas action et explosion de voitures.

Montrer plutôt que raconter (show don’t tell)

Lorsque vous écrivez « Paul était jaloux », vous imposez une conclusion. Lorsque Paul cache le téléphone de sa compagne, lit ses messages puis remet l’appareil exactement à sa place, vous laissez le lecteur comprendre. C’est le principe de montrer plutôt que raconter.

À chaque adjectif psychologique, demandez-vous : quelle action rendrait cette qualité ou ce défaut évident ?

Les descriptions gagnent, elles aussi, à passer par les actions et les effets produits. Une chaise qui grince sous un personnage nous apprend quelque chose sur son poids ou sa manière de s’asseoir. Une porte brutalement ouverte fait entrer le froid dans la pièce et révèle la violence de celui qui arrive. Quand quelqu’un s’assoit, on voit la chaise.

Écoutez mon podcast : Le show don’t tell en 5 minutes.

Les dialogues

Supprimez les « Bonjour, comment allez-vous ? », les « Allô ? », les entrées, les sorties et les échanges que le lecteur peut déduire seul. Dans la vie, on se demande si le trajet s’est bien passé. Dans un roman, on veut savoir qui a caché le corps.

Vérifiez que :

  • chaque personnage possède une manière de parler reconnaissable ;
  • le dialogue contient un enjeu ou un sous-texte ;
  • les personnages ne disent pas exactement ce qu’ils pensent à chaque phrase ;
  • les incises restent discrètes (les « proféra-t-elle » et « éructa-t-il » deviennent lourds au bout d’un moment) ;
  • les gestes ne répètent pas systématiquement l’émotion déjà contenue dans les paroles.

Vous trouverez un travail plus détaillé dans le guide Comment écrire un dialogue.

7. Septième relecture de manuscrit : Réécrire le style

Nous arrivons au moment où votre roman commence probablement à vous sortir par les trous de nez. Posez-le de nouveau quelques jours avant cette étape. À force de relire vos formulations bizarroïdes, vous avez fini par les trouver normales.

Réécrire un texte ne signifie pas chercher le synonyme le plus rare de chaque mot. « Il mangea un quignon de pain » est généralement meilleur que « Il dégusta l’extrémité croustillante de la miche ». Soyez direct.

Travaillez surtout :

  • les verbes faibles ;
  • les adverbes qui expliquent ce que l’action devrait montrer ;
  • les répétitions involontaires ;
  • les clichés ;
  • les phrases trop longues ou trop semblables ;
  • les débuts de phrase mécaniques ;
  • les passages abstraits qui pourraient devenir des images ;
  • les mots et paragraphes qui ne servent à rien.

Supprimez les trampolines à actions

« Il commença à », « il se mit à », « il décida de », « il entreprit de » donnent souvent l’impression que votre personnage se retrousse les manches avant d’agir.

AvantAprès
Il se mit à pleurer.Il s’effondra.
Elle commença à courir vers la porte.Elle courut vers la porte.
Il décida d’aller lui parler.Une explication s’imposait.

Lisez à voix haute

Votre oreille détecte ce que vos yeux ont accepté par habitude : les répétitions, les phrases qui s’effondrent, les sons disgracieux, les respirations impossibles et les dialogues qu’aucun être humain ne prononcerait sans demander ensuite une assistance médicale.

Une bonne histoire avec un style simple peut être lue. Une syntaxe parfaite au service d’un fond plat reste un fond plat. Mais vous n’êtes pas obligé de choisir entre les deux : travaillez votre histoire, puis travaillez vos phrases. Le talent se muscle ; si vous flemmardez, il s’atrophie.

Pour poursuivre ce travail, consultez Comment trouver son style d’écriture et les exercices pour améliorer son style.

8. Huitième et dernière relecture : Corriger la langue et la mise en forme

L’orthographe vient à la fin. Eh oui, à la fin. Corriger méticuleusement une scène avant de se rendre compte qu’il faut la supprimer est une excellente manière de perdre trois heures tout en ayant l’impression d’être très sérieux.

Effectuez plusieurs contrôles :

  • orthographe et accords ;
  • conjugaison et concordance des temps ;
  • ponctuation ;
  • typographie des dialogues ;
  • espaces insécables et caractères spéciaux ;
  • cohérence des noms propres ;
  • présentation des chapitres ;
  • numérotation et mise en page.

Antidote ou les correcteurs IA font ce job !

Mais attention, ne faites pas aveuglément confiance à un correcteur automatique. Il repère des erreurs, mais il ne sait pas toujours si votre personnage « compte » ses billets ou « conte » ses aventures, ni si une phrase grammaticalement correcte raconte n’importe quoi. Alors, vérifiez à chaque fois !

À ce stade, imprimez ou exportez une dernière version. Un changement de support permet encore de repérer des fautes qui semblaient avoir obtenu un permis de séjour définitif dans votre document.

9. Faire relire le manuscrit par d’autres personnes

Cette toute dernière relecture ne devrait pas être faite uniquement par vous. Vous connaissez trop bien le texte et, surtout, vous connaissez le dénouement.

Ne demandez pas seulement : « Tu as aimé ? » Cette question produit généralement l’une de ces réponses :

  • « Oui, c’est super ! » par affection ;
  • « Ce n’est pas trop mon genre » par fuite ;
  • « Il y a un truc, mais je ne sais pas quoi » par incapacité à formuler ;
  • un silence de huit mois.

Posez des questions précises :

  • À quel moment avez-vous compris l’identité du coupable ?
  • Quelle impression avez-vous eue de la relation entre Paul et Sarah ?
  • À quel endroit vous êtes-vous ennuyé ?
  • Quel personnage vous a semblé inutile ?
  • Qu’avez-vous compris de la fin ?
  • Avez-vous cru à la décision prise au chapitre 18 ?

Les lecteurs seront subjectifs. C’est normal. Mais lorsqu’ils signalent tous le même problème, ne les accusez pas immédiatement de former une organisation secrète contre votre génie.

Privilégiez les personnes proches de votre lecteur idéal et distinguez les constats des solutions. Un bêta-lecteur peut avoir raison lorsqu’il dit « Je m’ennuie ici » et tort lorsqu’il propose d’ajouter une poursuite en hélicoptère. Le problème est soulevé, mais la solution vous appartient.

Vous pouvez aussi lire mon test de plusieurs bêta-lecteurs professionnels et les erreurs qui font refuser un manuscrit.

Grille de relecture de manuscrit : 25 questions essentielles

Cette grille ne remplace pas les différentes relectures. Elle peut servir de contrôle, à tout moment de vos étapes de relecture de manuscrit, lorsque les gros travaux sont terminés. Si vous répondez non à une question, notez le problème dans votre journal de réécriture, puis retournez au chapitre concerné. Inutile de relire trois cents pages en espérant que la solution vous saute dessus par surprise.

Structure et intrigue

  1. Le lecteur comprend-il rapidement quelle histoire il est en train de lire ?
  2. L’élément déclencheur modifie-t-il réellement la vie du protagoniste ?
  3. Les événements s’enchaînent-ils par causalité plutôt que par simple succession ?
  4. Les obstacles deviennent-ils plus difficiles et les enjeux plus importants ?
  5. Le climax et le dénouement répondent-ils à la promesse du début ?

Personnages et thème

  1. Le protagoniste poursuit-il un objectif clair et agit-il pour l’atteindre ?
  2. Sa faiblesse influence-t-elle ses choix et ses erreurs ?
  3. Son évolution est-elle visible entre le début et la fin ?
  4. Chaque personnage secondaire possède-t-il une fonction distincte ?
  5. Le thème apparaît-il dans les choix et les destins plutôt que dans des sermons ?

Cohérence, univers et point de vue

  1. Les dates, âges, déplacements, blessures et objets restent-ils cohérents ?
  2. Les règles de l’univers sont-elles stables et compréhensibles ?
  3. Les éléments extraordinaires reposent-ils sur des détails concrets et crédibles ?
  4. Chaque scène possède-t-elle un point de vue identifiable ?
  5. Le lecteur connaît-il uniquement les informations auxquelles le personnage focal peut accéder ?

Rythme, scènes et style

  1. Chaque chapitre apporte-t-il une décision, une révélation ou une conséquence ?
  2. Les scènes commencent-elles assez tard et s’arrêtent-elles une fois leur fonction remplie ?
  3. Les dialogues ont-ils un enjeu et des voix reconnaissables ?
  4. Les émotions sont-elles souvent montrées par des actions plutôt qu’expliquées ?
  5. Les répétitions, clichés, adverbes inutiles et trampolines à actions ont-ils été réduits ?

Correction et décision finale

  1. Les accords, les temps, la ponctuation et la typographie ont-ils été vérifiés après la réécriture ?
  2. Le texte a-t-il été relu à voix haute ou sur un support différent ?
  3. Au moins un lecteur correspondant au public visé a-t-il lu le manuscrit ?
  4. Les remarques récurrentes ont-elles été distinguées des réactions isolées ?
  5. Êtes-vous capable de déclarer le manuscrit terminé, ou la création d’une nouvelle version supplémentaire est-elle devenue un TOC ?

La dernière question est la plus difficile. Un manuscrit peut toujours être modifié. À un moment, il faut arrêter de réécrire afin de l’envoyer, de le publier ou de commencer le suivant. Le perfectionnisme est parfois seulement de la procrastination qui porte des lunettes. 🤓

Comment organiser concrètement la réécriture d’un texte ?

Créez un tableau avec une ligne par chapitre et ces colonnes :

ChapitreProblèmeCatégorieSolution envisagéeStatut
4Paul accepte trop facilement d’aider Sarah.Personnage / cohérenceAjouter une dette ancienne entre eux.À revoir
9La scène du restaurant ralentit tout.RythmeCommencer à l’arrivée de la police.Solution envisagée
18L’indice final apparaît trop tard.IntrigueLe glisser une première fois au chapitre 6.Modification effectuée

Utilisez cinq statuts simples :

  • à revoir ;
  • problème identifié ;
  • solution envisagée ;
  • modification effectuée ;
  • vérifiée.

Cette organisation empêche la fameuse méthode du « Je vais relire et je verrai bien », qui se termine généralement par trois chapitres corrigés, une soudaine passion pour le rangement du réfrigérateur et un manuscrit abandonné pendant six mois.

Questions fréquentes sur la relecture de manuscrit

Combien de fois faut-il relire son manuscrit ?

Il n’existe pas de nombre magique, mais une relecture unique ne suffit généralement pas. Comptez plusieurs passages ciblés : histoire, personnages, cohérence, rythme, scènes, style, correction, puis retours extérieurs. Le nombre importe moins que la séparation claire des objectifs.

Combien de temps faut-il attendre avant de relire son manuscrit ?

Attendez au minimum deux semaines après le premier jet. Un mois est préférable lorsque le projet le permet. Une nouvelle pause de quelques jours ou semaines est utile avant la relecture stylistique et la correction finale.

Quelle différence entre corriger et réécrire un texte ?

Corriger consiste principalement à réparer les erreurs de langue, de typographie ou de cohérence locale. Réécrire un texte consiste à modifier ce qu’il raconte et la manière dont il le raconte : supprimer une scène, déplacer un chapitre, transformer une motivation, resserrer un dialogue ou changer le rythme.

Que signifie la recherche « réécriture texte » ?

La requête « réécriture texte » désigne généralement le fait d’améliorer un texte déjà écrit. Pour un manuscrit, cette réécriture doit procéder du général au particulier : structure, intrigue, personnages, scènes, style et correction.

Faut-il corriger les fautes pendant la première relecture ?

Non, sauf s’il s’agit d’une erreur très rapide à rectifier sans interrompre votre lecture. La première relecture sert à ressentir l’histoire dans son ensemble. Corriger chaque phrase vous ferait perdre cette vision globale.

Comment savoir si une scène doit être supprimée ?

Demandez-vous ce qui changerait si elle disparaissait. Si l’intrigue, le personnage, la relation et l’information restent identiques, la scène est probablement inutile ou peut être fusionnée avec une autre.

Peut-on utiliser une intelligence artificielle pour relire un manuscrit ?

Elle peut aider à repérer des répétitions, résumer des chapitres, comparer des informations ou suggérer des questions. Elle ne doit pas décider à votre place de la voix, du thème, de la valeur d’une scène ou de la transformation d’un personnage. Utilisez-la comme un outil de contrôle, pas comme le nouvel auteur du livre. Dans ma box IA, je propose plusieurs outils très utiles à la relecture, notamment le correcteur et le détecteur d’incohérences.

La réécriture est un véritable apprentissage

Cet article vous donne la méthode générale et une grille synthétique de 25 questions. Il ne remplace pas un cours détaillé : comprendre précisément les points de vue, construire un univers crédible, faire surgir le thème, travailler le rythme et transformer chaque chapitre demandent des explications, des exemples et des exercices.

La formation Du rêve au roman accompagne ce travail depuis la construction du projet jusqu’à la réécriture et à la préparation du manuscrit.

La relecture de manuscrit n’est pas la punition qui suit l’écriture, bien au contraire : c’est une étape enthousiasmante si l’on accepte de s’y plonger. C’est le moment où vous prenez réellement possession de votre livre pour en faire une œuvre. Vous allez juger un travail, des phrases et des choix — enfin — au lieu de vous juger sur vos capacités.

Commencez par le fond. Finissez par la forme. Et lorsqu’il n’y a plus de problème important à résoudre, arrêtez. Votre prochain roman a besoin de vous.

Sophie Gauthier, fondatrice de Contentologue

À propos de l’autrice

Sophie Gauthier

Sophie Gauthier est la fondatrice de Contentologue et pédagogue d’écriture depuis 2015. Elle accompagne les auteurs dans l’écriture de romans, de nouvelles et de livres grâce à des articles, des formations, des ateliers et des outils consacrés aux personnages, à la structure narrative, au style et à la créativité.

En savoir plus sur l’autrice

Sophie Gauthier

Sophie Gauthier est la fondatrice de Contentologue et pédagogue d’écriture depuis 2015. Elle accompagne les auteurs dans l’écriture de romans, de nouvelles et de livres grâce à des articles, des formations, des ateliers et des outils consacrés aux personnages, à la structure narrative, au style et à la créativité.

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