Comment écrire une nouvelle ?  

Une méthode étape par étape

Écrire une nouvelle est un passage obligé pour de nombreux grands auteurs.

De Maupassant à Lovecraft, en passant par Asimov, tous ont en commun d’avoir écrit ce type de récit.

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi ?

La raison est simple :Écrire une nouvelle est plus facile qu’écrire un roman et presque aussi formateur. C’est un genre qui convient à tout le monde !

Les écrivains débutants s’en serviront pour apprendre à maîtriser la structure du roman et s’habituer progressivement à écrire des histoires plus longues.

Tandis que les écrivains expérimentés utiliseront ce format pour tester des choses et préparer des romans plus ambitieux.

Maintenant que je vous ai dit ça, comment fait-on concrètement ?

Alors, je vous rassure pas besoin d’aller chez mamie voyante pour avoir la réponse. Je vous ai concocté un plan d’action étape par étape.

 

Comment écrire une nouvelle est un article invité de Martin, du blog Narration et Caféine.

Comment écrire une nouvelle

Sommaire :

  1. Bien comprendre ce qu’est une nouvelle, son format, ses consignes…
  2. Trouver une idée de nouvelle
  3. Créer votre pitch
  4. Construire votre plan
  5. Créer un univers et ses personnages
  6. Rédiger votre nouvelle
  7. Relire et corriger

 

1. Écrire une nouvelle : qu’est-ce c’est ?

Imaginez.

Vous avez travaillé des jours en croyant écrire une nouvelle. Vous envoyez votre texte pour un appel à texte et paf ! Voilà que l’on refuse votre récit parce qu’il s’agit d’une novella ou d’un micro récit.

C’est rageant, non ?

Alors, oui, je vous entends déjà dire : “Martin. On s’en fout de connaître la définition de la nouvelle. Il suffit de respecter le thème demandé, suivre les consignes des concours, faire le bon nombre de mots et basta”.

Oui mais…

Quid si vous envoyez un texte à un magazine spontanément ? Ou si vous répondez à un appel à texte permanent ?

Dans ces deux cas, on ne vous donne pas forcément de nombre de mots/signes à respecter.

Et là, vous l’aurez dans le baba…mais pas de panique !

Voici une petite définition des familles qui va vous sortir de la panade.

Une nouvelle est un court récit avec peu de personnages et s’apparentant au roman. Il n’existe pas à l’heure actuel de consensus sur la taille minimum ou maximum de celle-ci mais voici une liste indicative :

  • Le micro-récit fait en-dessous de 150 mots
  • La nouvelle comporte entre 150  et moins de 17 500 mots
  • Le roman court/la novella commence à partir de 17 500 mots jusqu’à 40 000 mots
  • Le roman contient plus de 40 000 mots (souvent 80 000 mots et plus)

Ces formats peuvent varier selon les éditeurs ou les appels à texte. Ne vous censurez donc pas si vous votre texte fait un peu plus ou un peu moins.

Gardez juste ces valeurs sur un coin de feuille pour ne pas trop vous éloigner des standards et tentez le coup !

Maintenant que vous en savez plus sur les formats, nous allons aborder les différentes étapes à suivre pour l’écriture d’une nouvelle.

 

2. Comment trouver une idée de nouvelle ?

Comment écrire une nouvelle

Que ce soit clair, écrire une nouvelle sans avoir de ligne directrice est une très mauvaise idée.

C’est le meilleur moyen de partir sur un bon gros cliché ou ne pas finir votre texte.

De grands écrivains le font parfois car ils ont acquis, au fil des années, la maîtrise de la structure et des différents genres littéraires leur permettant d’éviter ces écueils.

Si vous lisez cet article, c’est que vraisemblablement vous n’en êtes pas encore là.

Trouvez d’abord une idée en utilisant ces 3 techniques.

 

a) Écrire une nouvelle en partant d’un thème

Je vais vous raconter quelque chose qui a bouleversé ma vie d’écrivain.

Un jour, alors que je lisais Inside Story de Dara Marks, une méthode pour développer vos intrigues, je suis tombé sur un passage qui fut pour moi une révélation.

C’est en lisant celui-ci que j’ai enfin compris pourquoi toutes les histoires qu’on voit au cinéma ou dans les livres nous touchent émotionnellement.

Elles partagent presque toutes un ingrédient magique hyper puissant : le thème.

C’est à dire, le point de vue d’un auteur sur une idée à travers la narration.

Concrètement, cela veut dire que votre nouvelle aura plus de chance de marquer vos lecteurs si elle donne votre point de vue sur un thème de société. Votre nouvelle constituera alors la métaphore de votre point de vue sur une idée.

Votre idée peut être :

  • Un mot très large (l’amour, la haine, etc)
  • Une phrase (certains savoirs doivent demeurer loin des hommes dans le recueil de nouvelles Les Autres Dieux de Lovecraft)
  • Une question (quelle est la différence entre l’homme et la machine ? Dans le film Blade Runner de Ridley Scott)

Par exemple, si votre thème est la vengeance mène à la destruction, vous écrirez l’histoire d’un héros qui cherche à se venger. À la fin vous le confronterez à un choix :

  • Soit accomplir sa vengeance et perdre l’amour de sa vie
  • Soit laisser faire la justice et vivre une vie heureuse.

Le choix que fera votre héros et les conséquences de ce choix constitueront votre point de vue d’auteur.

C’est une façon de faire qui ne convient pas à tout le monde. Si vous vous sentez mal à l’aise avec cette méthode, la suivante vous plaira peut-être mieux.

 

b) Écrire une nouvelle en partant d’un genre

Est-ce que ça vous est déjà arrivé de regarder une œuvre et vous dire : “Il a tout compris” ?

Personnellement, ça m’arrive beaucoup au cinéma.

Quand j’ai vu le film Deadpool de Tim Miller pour la première fois, je me suis dis : “Wahou ! Ce mec, il a vraiment pigé les films de super-héros”.

Il y avait des références partout, des blagues sur les autres héros, Deadpool se permettait même de jouer avec la structure du film super-héroïque.

Bref, un pur moment de plaisir !

 

Comment le réalisateur s’y est pris pour arriver à ce résultat ?

Je vous parie qu’il a passé des heures à étudier le genre super-héroïque et à en noter les codes pour les détourner.

Vous aussi, vous pouvez utiliser cette méthode pour écrire une nouvelle.

Pour ce faire :

  1. Lisez des nouvelles dans le genre qui vous intéresse (fantasy, SF, romance, policier, steampunk, etc)
  2. Dégagez en les codes narratifs et les idées fortes
  3. Mixez ces idées entre elles ou mixez les genres entre eux pour créer une histoire originale
  4. Vous pouvez même vous amuser à détourner les codes de ces genres !

Par exemple, dans Crépuscule de John W. Campbell, l’idée forte est qu’un agent immobilier raconte sa rencontre avec un homme venant du futur témoin de la chute de l’humanité

Grosso modo, cette nouvelle mixe 3 choses : un témoignage, une histoire où on remonte le temps et un soupçon de dystopie.

Et ça donne quelque chose d’original !

A vous de faire fonctionner vos méninges pour nous pondre des résultats étonnants. D’ailleurs, et si vous utilisiez cette méthode avec la suivante ?

 

c) La méthode “Et si… ?”

Et si je tombais amoureuse d’un sado-maso ? Et si la Joconde cachait un secret ? Et si un lycéen trouvait un cahier qui pouvait tuer des gens ?

La méthode “Et si” est un véritable générateur de bestsellers !

Vous les aurez reconnu : on tient respectivement le pitch de 50 nuances de Grey de E. L. James, du Da Vinci Code de Dan Brown et du manga Death Note de Tsugumi Ōba.

La méthode “Et si” consiste à penser à un élément (un objet, une situation, un dialogue) et à se demander : “Et s’il se passait ça ou ça avec cet élément ?”.

Prenons l’exemple d’une porte, je pourrais me demander :

  • Et si la porte se mettait à me parler ?
  • Et si elle m’attaquait ?
  • Et si, en l’ouvrant, je changeais d’époque/de monde ?
  • Et si, derrière cette porte, mon médecin venait de tuer sa secrétaire et l’avait caché dans son cabinet alors que je suis sur le point d’entrer ?

En à peine 5 minutes, je viens de dégager 4 idées potentielles de nouvelle.

Faites le test ! Prenez des objets ennuyeux et proposez vos idées les plus farfelues dans les commentaires 😉

 

 

3. Écrire une nouvelle : développez votre pitch

écrire un pitch est quelque chose de puissant pour votre nouvelle

Hé, vous vous rappelez cette pub de viennoiserie qui passait à la télé il y a longtemps ? Pitch ô mon pitch quand t’as un p’tit creux ?

Et bah, ça n’a rien à voir 😉

Le pitch, c’est la synthèse de votre histoire en une phrase ou un petit paragraphe.

Pour le réaliser, une solution simple consiste à résumer votre nouvelle en suivant ce schéma :

  1. Un personnage
  2. Dans un univers
  3. Désire quelque chose
  4. Mais est confronté à un problème
  5. Qu’il va réussir ou échouer à résoudre
  6. Avec telles conséquences

Pour vous illustrer cette méthode, je vais prendre l’exemple d’une de mes nouvelles :

 

Un exemple à suivre pas à pas

Il y a de cela des années, j’étais venu rendre visite à ma grand-mère dans une maison de retraite. Nous avions mangé ensemble au réfectoire et je m’étais aperçu qu’à certaines tables des gens s’ennuyaient comme des rats morts.

A partir de cette observation, je me suis dis : “Et si un pensionnaire de la maison de retraite décidait de s’évader ? Que se passerait-il ?”.

Avec cette ligne directrice, j’ai construit mon pitch :

  1. J’ai inventé un personnage de petite vieille acariâtre (le personnage)
  2. Mise de force dans une maison de retraite (l’univers)
  3. Qui désire rentrer chez elle par tous les moyens (le désir)
  4. Mais qui est confrontée aux personnels de la maison de retraite (l’obstacle principal)
  5. Elle va réussir à rentrer chez elle en dupant quelqu’un avec son héritage (la résolution du problème)
  6. Avec pour conséquence la mort de cette personne (la conséquence)

Au final, le pitch donnait quelque chose comme ça :

Une petite vieille acariâtre, mise de force dans une maison de retraite par ses petits enfants, décide de rentrer chez elle par tous les moyens. Malheureusement, le personnel de la maison de retraite ne la laisse pas faire. Elle décide donc de s’allier à un homme peu scrupuleux qui va l’aider à s’évader en échange de son héritage. Elle le tuera une fois rentrée chez elle.

Comme vous le voyez, le pitch n’a pas à être beau. Il faut juste qu’il vous donne un embryon de récit minimal que vous développerez dans votre plan.

 

4. Le plan, votre meilleur ami pour écrire une nouvelle

Je sais, vous avez la flemme. C’est littéralement l’enfer de devoir attendre alors qu’on a envie d’écrire. Mais prenez l’habitude de faire un plan avant d’écrire une nouvelle.

Je vous explique pourquoi tout de suite :

 

a) L’intérêt de choisir un plan

Rédiger votre plan de nouvelle

Autrefois, avant que je ne devienne un peu plus expérimenté, je ne venais jamais à bout de mes projets d’écriture.

J’avais toujours une nouvelle idée qui arrivait en cours de route. Généralement, je faisais une pause dans mon projet en cours et je suivais cette illumination soudaine en me jurant de revenir sur mon premier texte.

Et bien devinez quoi ?

Les pauses devenaient des abandons. Je passais juste de début de récit en début de récit.

Ça s’est arrêté le jour j’ai commencé à faire des plans.

 

Rédiger un plan avant d’écrire une nouvelle comporte deux bénéfices :

  1. Cela vous force à élaborer une intrigue plus intéressante
  2. Cela vous entraîne à maîtriser les plans avant de passer au roman.

Comme les nouvelles sont des textes courts, vous pourrez en écrire plein, plus rapidement que les romans, et vous pourrez obtenir plus vite une expérience de la structure.

Pour accélérer d’avantage votre apprentissage, je vous conseille de vous fixer un objectif de travail. Par exemple :

  • Imposez-vous le challenge de tester une structure trouvée dans un manuel
  • Ou apprenez la structure d’un genre
  • Fixez-vous des contraintes

Maintenant que vous comprenez un peu mieux l’intérêt de faire un plan. Voyons lequel choisir.

 

b) Quel plan choisir pour écrire une nouvelle ?

Ça dépend de vous.

Si vous êtes débutant, je vous conseille de partir sur un plan classique du type :

  1. Situation initiale
  2. Élément perturbateur
  3. Péripétie
  4. Dénouement

C’est un bon plan, qui peut vous donner d’excellents résultats.

L’article comment écrire un roman sur ce blog le détaille déjà, donc je ne vais pas m’appesantir dessus. Consultez-le en parallèle de cet article pour élaborer votre structure de récit.

 

Si vous êtes plus expérimenté, plusieurs choix s’offrent à vous pour écrire une nouvelle :

  • Bousculer l’ordre du récit (commencer par la fin, le milieu, avant le récit, après le récit, etc.) =========
  • Utiliser une structure fragmentée (Le lecteur ne saura pas vraiment où se trouve le début ou la fin. Il devra recoller les morceaux pour reconstituer l’histoire. C’est un procédé très utilisé lors de la découverte de parchemins/d’enregistrements dans les jeux vidéos)
  • Tenter des variations de la structure classique (on trouve par exemple la structure organique de John Truby ou celle plus balisée de Blake Snyder. Beaucoup de possibilités existent)
  • Expérimenter vos propres structures (pour votre inspiration, Georges Perec s’est amusé dans W ou le Souvenir d’enfance à structurer son roman en deux : une partie autobiographique et une partie fiction)

Vous souhaitez en savoir plus ? Cet aspect est aussi développé en détail dans l’article Comment écrire une autobiographie.

 

Un seul mot d’ordre : Amusez-vous !

 

c) Combien d’événements doit-on traiter lorsqu’on écrit une nouvelle ?

La question du nombre d'événements dans les nouvelles est primordiale. C'est ce que nous allons voir dans cette partie.

Je vais vous dire ma vérité :

Écrire une nouvelle nécessite d’être concis. Vous ne pourrez jamais développer votre histoire autant que vous le feriez dans un roman.

Sur la toile, beaucoup conseillent d’organiser son histoire autour d’un seul événement.

Ils ont raison. C’est simple et c’est efficace.

Le problème de cette conception, c’est que vous rencontrerez plein de nouvelles avec pleins de micro-événements et vous risquez de vous dire : “Mais mince, c’est quoi l’événement principal ?”

Typiquement, dans la nouvelle Le Silence Blanc de Jack London, il se passe plein de choses. L’auteur nous présente un pari, un départ difficile, un incident de piste, une attaque de chiens, etc.

Bref, on s’y perd.

Ce que je vous conseille plutôt, c’est de faire en sorte que chaque événement fasse avancer le schéma narratif (situation initiale, élément déclencheur, etc.).

Chaque scène doit créer un obstacle de plus en plus important pour le protagoniste jusqu’à la résolution (ou l’absence de résolution) du problème du héros.

Si une scène ne remplit aucun rôle sur le schéma narratif, supprimez-la.

 

5. Écrire une nouvelle réaliste en travaillant son monde et ses personnages

 

a) Les problèmes des personnages

dans un roman, un personnage a souvent 3 problèmes distincts alors que dans une nouvelle littéraire il peut en avoir moins.

Quand je regarde la fiction d’aujourd’hui, je me dis qu’on a quand même de la chance.

Harry Potter existe, Hannibal Lecter existe, la saison 8 de Game of Thrones existe. (Note de Sophie : MDR)

On a de plus en plus de séries, de livres, avec des personnages forts. C’est super intéressant à étudier.

La seule question que je me pose c’est : “Arriverai-je à faire mieux ?”

Ça me met la pression.

J’aimerais bien un jour qu’une personne lève ses yeux d’un de mes livres et dise : “Je veux écrire comme lui”. Comme moi, à 8/10 ans, quand j’ai lu Harry Potter.

J’aimerais vraiment ça. Alors je travaille dur. Je lis plein de choses sur la narration et les personnages. Et j’en suis venu à cette conclusion :

 

Écrire une nouvelle consiste généralement à raconter l’histoire d’un personnage qui doit surmonter un problème.

Dans un roman, un personnage possède souvent 3 problèmes :

  1. Externe (un obstacle tangible)
  2. Interne (un défaut psychologique)
  3. Relationnel (son défaut interne ou externe entraîne des brouilles avec ses proches)

 

Dans les nouvelles, vous pourrez difficilement développer ces 3 aspects de façon satisfaisante.

À vous de faire un choix :

  1. Est-ce que vous voulez tenter d’utiliser ces 3 types de problèmes ? Dans ce cas, la nouvelle sera plus réaliste mais le risque c’est que vous n’arriviez pas à approfondir suffisamment. Je vous déconseille ce choix si vous écrivez un texte court.
  2. Est-ce que vous ferez l’impasse sur certains problèmes ? Vos personnages seront un peu moins riches mais vous pourrez plus développer leurs péripéties.

Réfléchissez bien et assumez votre décision. Mais prenez en compte qu’un personnage n’est pas seulement la somme de ses problèmes.

 

b) Donner vie aux personnages de sa nouvelle

Dans une nouvelle, il faudra limiter le nombre de vos personnages. Souvent, vous en aurez 1 ou 2, avec éventuellement quelques-uns qui font office de décor.

Par contre, vous devrez faire le même travail de conception que pour le roman et concevoir des fiches personnages pour les personnages importants.

La seule différence, c’est que pour la nouvelle vous ne pourrez pas tout dire. Vous esquisserez et passerez sous silence votre travail en amont.

Pour autant vous ne devrez pas bâcler vos fiches car elles donneront plus de profondeur à vos personnages.

Voici une liste de choses auxquelles s’intéresser quand on fait une fiche perso :

  • Le passé du personnage/ses traumatismes
  • Ses défauts/ses qualités
  • Ses désirs/ses peurs
  • Sa façon de penser (s’il est taxi, il est possible qu’il voit le monde avec un œil de taxi)
  • Mais aussi de parler (un paysan du Nord-Pas-de-Calais ne parlera pas comme un aristocrate du XVIe)
  • Son physique, sa gestuelle, sa façon de s’habiller
  • Ses goûts/sa religion
  • etc.

Voir la méthodologie complète pour créer vos personnages dans un roman, jetez-y un œil !

Maintenant, que nous avons abordé la question des personnages. Il reste une question à résoudre :

 

c) La création d’un univers dans la nouvelle : Worldbuilding ou pas worldbuilding ?

écrire une nouvelle : cette partie aborde la question du worldbuilding d'une nouvelle

Il est tentant lors de l’écriture de la nouvelle de passer très vite sur l’étape de création de l’univers (le worldbuilding) en se disant qu’on aura pas forcément l’occasion de rentrer dans les détails.

C’est une erreur.

Déjà, parce que si votre univers n’est pas cohérent, le lecteur le ressentira tout de suite.

Ensuite, parce qu’un univers riche donnera envie d’en savoir plus. Pourquoi pas dans d’autres nouvelles ou romans.

Prenez Lovecraft, on retrouve à de nombreuses reprises dans ses nouvelles des mentions à des villes oubliées ou à des entités mystérieuses (Kadath, les Dieux Anciens etc.). Ça donne envie.

Non seulement votre lecteur dévorera votre nouvelle mais en plus il lira vos autres œuvres pour approfondir vos univers.

Vous le comprenez, si vous avez le temps, il vaut mieux travailler le worldbuilding de votre nouvelle.

 

Voici, une petite méthodologie pour obtenir des univers plus réalistes :

  • Faites des recherches sur l’architecture, sur les vêtements et les mœurs de l’époque
  • Les coutumes et le rapport au climat sont très importants
  • Inspirez-vous de la mythologie et de la religion
  • Recherchez des anecdotes/des faits divers dans les archives (saviez-vous que vous pouviez retrouver des dossiers avec des articles d’époque sur Retronews ?)
  • Dressez une carte précise des endroits où se déroule votre intrigue (ce serait trop bête de situer Paris en Nouvelle-Zélande, n’est-ce pas ? 😉 )

Tous ces éléments, vous aideront à créer une nouvelle réaliste qui plaira d’avantage aux lecteurs.

À la fin de cette étape, vous devriez obtenir un monde et des personnages crédibles. Il se pourrait alors que vous ayez des modifications à faire sur votre plan, c’est normal.

Ce sont deux étapes qui s’alimentent l’une l’autre. D’ailleurs, en fonction de votre flux créatif, il est possible que vous commenciez par créer vos personnages et votre monde avant le plan. Faîtes à votre convenance. L’important est que votre nouvelle avance.

Une fois le plan, les personnages et le monde finis, passez à l’étape suivante.

 

 

6. Écrire votre nouvelle

Enfin !

Je ne sais pas pour vous, mais pour moi c’est hyper frustrant de devoir attendre avant d’écrire.

Heureusement, j’arrive désormais à trouver du plaisir pendant la conception du plan. Mais pendant longtemps, la barbe !

Alors, je vous rassure, je vous fais pas le coup du jogging. Vous savez, ce fameux : “Mais si, au bout d’un moment tu vas prendre du plaisir” alors que ça fait six mois que vous crachez vos poumons par terre.

Non. Comparez à la rédaction, le plan c’est chiant. On est d’accord.

La rédaction, c’est le moment où vous vous confrontez vraiment avec votre histoire. Ce moment, c’est VOTRE MOMENT.

 

a) Écrire une nouvelle : Par quoi commencer ?

Comment commencer une nouvelle? C'est l'objet de cette partie

Ça y est, vous êtes sur les starting blocks. Votre ordinateur est allumé. Il n’attend plus que vous.

Et paf ! Vous bloquez sur la première page.

Vous ne savez pas quoi écrire.

Et là, panique ! Vous vous triturez les méninges, vous écrivez quelques lignes, que vous supprimez aussitôt. Cela fait une heure et votre page est désespérément vide. Que faire ?

Laissez-moi vous aider.

 

Un élément mystérieux

Le meilleur moyen de bien commencer l’écriture une nouvelle est d’introduire un élément intriguant dans le premier paragraphe du récit.

Cet élément intriguant peut-être un mystère qui courra tout le récit.

Par exemple, dans le premier paragraphe d’Herbert West, Réanimateur de Lovecraft, on trouve :

De Herbert West, qui fut mon ami à l’université comme à la ville, je ne puis parler sans une irrépressible terreur. Cela est dû davantage au travail étrange auquel il avait consacré sa vie qu’à la manière sinistre dont il a disparu voici peu de temps.

Ce mystère n’est pas obligé de courir tout le livre, il peut aussi servir d’accroche uniquement pour quelques paragraphes/quelques pages.

Dans Flûte, flûte et flûtes ! Asimov introduit le personnage de l’oncle Otto en créant un petit mystère local.

Plutôt que d’écrire :

L’oncle d’Otto entra dans ma boutique. Il portait un costume trop petit.

Il crée un petit suspens en ne révélant pas tout de suite qui est rentré dans la boutique. Voyez plutôt:

Ce fut le smoking qui me trompa et, pendant deux secondes, je ne le reconnus pas. Pour moi, ce n’était qu’un client éventuel, le premier à franchir ma porte en une semaine…et il avait fier allure.

Même en portant un smoking à dix heure moins le quart (….)

Puis, j’ai regardé son visage, et ce n’était pas du tout un client. C’était mon oncle Otto.

 

( Le petit mystère trouve sa réponse au paragraphe 3. Le paragraphe intermédiaire est volontairement descriptif pour retarder l’annonce et renforcer le suspens)

 

Ça y est, vous savez comment réussir le début de votre nouvelle à coup sûr.

Voyons maintenant ce qu’il en est du milieu.

 

b) Écrire le milieu de la nouvelle

Beaucoup de gens n’arrivent pas à gérer le milieu de l’histoire.

Cela tient au caractère très large de “péripétie”. On ne sait pas trop quoi en faire. Quel type d’événement faudrait-il mettre ? En quelle quantité ? On ne sait pas trop.

Blake Snyder propose une méthode de scénario que l’on peut transposer aux nouvelles. Il s’agit :

  • D’alterner les moments négatifs et positifs dans les scènes de votre nouvelle (afin de balancer le cœur du lecteur entre crainte et espoir)
  • De varier l’intensité des événements

Voici un exemple pour une comédie romantique :

  1. La rencontre avec un/une inconnu(e) (positif)
  2. ….Mais malheureusement, le protagoniste se rend compte qu’il a oublié de prendre son numéro (négatif)
  3. Heureusement, une vague connaissance connaîtrait cet(te) inconnu(e) (positif -)
  4. Le problème, c’est que cette connaissance est journaliste et a embarqué pour un pays en guerre (négatif +)

Gardez quand même en tête de suivre votre schéma narratif.

Dîtes-vous, que vous avez le droit entre une à trois scènes par étape de votre plan (situation initiale, péripétie etc.). Sachant que les péripéties sont souvent la partie la plus large de la nouvelle.

L’élément déclencheur et la chute, eux, comporteront une seule scène pour accentuer leur impact.

 

c) Écrire la chute de votre nouvelle

Comment écrire la chute d'une nouvelle? C'est l'objet de cette partie.La chute, c’est la fin de votre histoire. Elle se déroule à la fin du dénouement.

A ce moment, nous savons enfin si oui ou non le protagoniste a surmonté son problème.

Il existe plusieurs types de chutes :

  • La chute mystérieuse

Dans ce cas, la fin soulève une interrogation.

Exemple :  On ne verra jamais les horreurs observées par Barzai le Sage dans la nouvelle Les Autres Dieux de Lovecraft.

  • La chute ironique

Il s’agit d’installer une sorte de revers du destin. Typiquement, c’est le cas dans La main de Maupassant. Un lord anglais se fait assassiner par la main qu’il a tranchée. Une ironie du sort qui fait réfléchir…

Ce type de chute fonctionne particulièrement bien avec toutes les histoires impliquant le destin.

Dans le mythe d’Oedipe, un oracle prédit qu’il tuera son père et épousera sa mère. Ces parents feront tout pour déjouer la prophétie et, en tentant de l’empêcher, ils la réaliseront. Ironie du sort : il ne se serait probablement rien passé si les parents n’avaient pas cherché à connaître le futur.

 

  • Le revirement de situation

Surprise ! Ce que vous croyez être vrai pendant toute la nouvelle ne l’est pas. Un meurtrier s’avère innocent, un homme sincère s’avère être un dangereux manipulateur, etc.

 

  • La révélation

On apprend quelque chose qui nous a été caché sur l’un des personnages ou l’univers. Par exemple, dans la nouvelle La tombe de Lovecraft, un garçon s’avère être la réincarnation d’un aristocrate anglais.

 

  • la chute conclusive

C’est la chute classique. Elle répond à toutes les questions soulevées par l’intrigue. Elle se termine par l’accomplissement ou l’échec de la quête du héros avec ses conséquences.

Voilà pour ce panorama des chutes. Bien sûr, il en existe d’autres, des loufoques, des chutes qui font réfléchir sur le monde ou qui sont très personnelles à un écrivain. On peut même combiner ces chutes.

À vous d’expérimenter ! Pour aller plus loin, découvrez 70 types de chutes inattendues (article en anglais, mais ça vaut le coup !)

Une fois cette étape terminée, il ne vous restera plus qu’une chose à faire.

 

 

7.  Relire et corriger votre nouvelle

Écrire une nouvelle : relire et corriger

Vous voilà arrivé à la fin. Champagne !

Il existe un mythe tenace : celui de l’écrivain qui écrit un texte parfait du premier coup.

Alors ok, ça pète la classe. Mais c’est un mythe.

Un texte de niveau professionnel demande de la relecture et beaucoup de corrections.

Par là, je n’entends pas l’orthographe mais tout ce qui concerne le récit ou à le style.

Si une scène ne joue aucun rôle sur le schéma narratif, coupez-là.

Si votre intro est un peu molle, tentez de la dynamiser avec un mystère ou un peu d’actions. Testez plusieurs approches et gardez ce qui fonctionne le mieux.

 

Félicitations ! vous avez fini votre nouvelle. Prenez un café. Ou ce que vous voulez. Parce que franchement vous le méritez.

Personnellement, j’adore manger des trucs quand je finis un projet. Et vous ? C’est quoi votre rituel de fin d’écriture ?

 

PS : Si vous voulez épater vos lecteurs, tentez d’écrire une nouvelle en lipogramme. Ça vous fera peut-être gagner un appel à texte. Attention, challenge assuré 😉

 

Un gros merci à Sophie pour le super accueil sur son blog. Ciao tout le monde 🙂

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[…] si les frontières entre nouvelle, novella et roman sont floues (comme le rappelle cet article de Narration et caféine), on considère qu’un roman classique contient en général 80 000 mots ou plus. Donc même […]

Huu
Invité

merci pour vos conseils.C’est plus facile de commencer par une nouvelle .
Pourrais-je vous envoyer un essai de nouvelle , pour savoir si je suis vraiment dans le bon chemin.

Xavier Derégel
Membre

Merci Martin pour cet article très intéressant et en effet, il est plus facile d’envisager l’écriture en commençant par des nouvelles plutôt que de s’attaquer à une montagne comme un roman. Aurais-tu quelques références bibliographiques pour aller plus loin ?