Comment devenir journaliste sans diplôme

Nous parlons ici de vocation.
Si vous recherchez l’emploi stable, le débouché easy en mode bac ES, BTS assistant de gestion, option vie tranquille, cuisine intégrée et marmots en Nike air, arrêtez immédiatement de lire. Allez plutôt peaufiner la typo de votre CV, attention il y a deux b à hobbies.
Journaliste, c’est la galère financière, l’incertitude des lendemains qui chantent pas toujours juste, la jungle des compromis qui s’entremêlent sous une canopée d’emmerdes, le gong de la deadline qui résonne dans le temple de votre esprit surmené.
À votre avis, pourquoi Tintin est-il aussi maigre, porte-t’il toujours les mêmes fringues, et squatte-t’il les cuisines de Moulinsart ?
Il galère.
Mais il réalise pleinement sa vie, et vous aussi vous voulez réaliser pleinement votre vie pas vrai ? Sinon, vous auriez déjà arrêté de me lire.
Et puis, qu’on arrête avec ces histoires de sécurité de l’emploi ! La vie, c’est fait pour être saisi à bras le corps, envoyé en l’air, rattrapé au vol et poursuivi, gardé au chaud comme le chien sa balle et enfin, relâchée pour qu’on nous la relance…
La peur vous tiraille entre les fausses vérités et la fatale réalité de l’existence :
Fausses vérités :
- « Y z’embauchent plus » : déjà c’est pas vrai du tout. Il y a eu 1672 premières demandes sur 35928 cartes de presse en 2015. Et pour faire sa demande, il faut avoir 3 mois de bulletins de salaire.
- « Y a que les diplômés de grandes écoles qui s’en sortent ». Nan, faux. Selon l’Observatoire des métiers de la presse, seulement 16 % des journalistes titulaires d’une carte de presse en 2011 étaient issus d’une école reconnue.
- « Y a pas moyen d’en vivre ». Trop pas vrai. Le salaire moyen d’un journaliste salarié est de 3 354 € par mois et pour les pigistes 2150€. Sachant que les diplômés gagnent en moyenne 12% de plus.
Fatale réalité :
- « Y a pas de boulot » : mes chéris, faut-il que vous ayez très peu envie de travailler pour dire qu’il n’y a pas de boulot. La vérité, c’est que la plupart des gens ne veulent pas ramer avant de réussir. On veut le bon salaire, l’emploi stable, être payé à la hauteur de son travail, toussuite, toussuite.
- « Y a trop de galère » : la période de galère, c’est ça la vraie formation. La vérité, c’est que l’école est un passe-droit hyper cher pour accéder aux stages dans des rédactions prestigieuses.
- « Y a pas de respect » : personne ne vous fera de cadeaux. Tout le monde essaie d’obtenir le plus possible, pour le moins cher possible. Les employeurs les premiers. Donc, négociez le minimum afin de rester dans le cadre de la dignité (ne vous faites pas payer en bons réducs), mais ôtez de votre visage cet air offusqué.
« La vie c’est la jungle, il faut se battre pour y arriver, tu peux le faire mon frère » Les Inconnus
Lisez cette Interview de Géraldine Dormoy. Vous voyez, elle parle de motivation, d’envie d’apprendre, pas de diplôme.
C’est pourquoi aujourd’hui, je voudrais vous montrer comment devenir journaliste sans diplôme, sans avoir fait d’école reconnue, rien qu’à la sueur de votre front.
Tout commence par une bonne auto-formation :
Se former soi-même
Une école de journalisme ne permet pas d’apprendre le métier de journaliste, mais de rentrer à grands frais (des milliers d’euros) dans la secte privilégiée de ceux qui auront le droit d’apporter le café à Luc Bronner entre deux bâtonnages de dépêches.
Tandis que vous, allez vraiment vous former au journalisme, en prenant le temps de faire les choses bien. C’est à dire, en apprenant uniquement ce que vous avez besoin d’apprendre et en vous concentrant pleinement dessus.
Il y a deux façons d’apprendre un métier : développer la maîtrise et apprivoiser la réalité du terrain. Beaucoup de stagiaires commencent par se tuer à la tâche en éditant les versions web des articles papier, en faisant du bâtonnage et, entrant chez eux le soir, complètement exténués, n’ont même plus le temps de d’écrire sur leur blog, celui qui avait pourtant permis de convaincre leur employeur qu’ils étaient journalistes dans l’âme.
Puis, obnubilés par le Saint-Graal que représente la fonction de grand journaliste salarié dans la rédaction prestigieuse pour laquelle ils se prostituent, ils en oublient leur passion et prennent les piges qu’on leur jette de temps à autre comme des canards affamés.
Or, si vous vous formez vous-même, en étant au RSA, vous gagnez autant qu’un stagiaire, en étant libre d’apprendre. D’apprendre la maîtrise de votre job, et d’appréhender la réalité du métier de manière, disons, plus respectueuse de votre rythme…
Voici donc les ressources qui vous permettront de tout apprendre sur le métier de journaliste (au niveau théorique !) :
BBC ACADEMY
La BBC a mis en ligne gratuitement des cours de grande écoles et les a aimablement traduits, dont notre chère langue de Molière : http://www.bbc.co.uk/academy/french
Comment travailler ? Lisez un cours, et consacrez-y vous une semaine entière, en tentant de maîtriser la technique. Créez-vous des exercices liés à la théorie. Faites des recherches en plus concernant ce domaine, à la fin de la semaine, soyez incollable sur le sujet ! Et si besoin, continuez la semaine suivante…
FORMEZ-VOUS GRÂCE À UN MOOC
Aujourd’hui, il existe de très nombreuses formations en ligne pour tout apprendre, alors pourquoi les techniques de journalisme n’en feraient-elle pas partie ?
Voici une petite liste :
- https://alison.com/fr/cours/diplome-en-journalisme
- https://www.my-mooc.com/fr/categorie/communication-et-journalisme
- Avec l’INA
- Introduction au journalisme (en anglais)
CAHIER DE VACANCES DU JOURNALISTE
On le sait tous que les cahiers de vacances sont là pour nous crier à la face : mais en fait, tu sais rien de rien, fainéant !
Destiné aux étudiants en journalisme à Science Po, ce petit récapitulatif des compétences, avec exercices pratiques devrait ravir ceux qui ne savent pas quoi faire, ni comment :
COURS DE JOURNALISME EN LIGNE
Le CFI et l’ESJ ont créé 100 fiches gratuites po ur apprendre les clés du métier. Vous pourrez apprendre à rédiger une enquête, un reportage…De la théorie à la pratique, le site www.24hdansuneredaction.com sera une excellente ressource pour votre apprentissage.
Comment travailler ? En couplant avec les conseils donnés par les cours de la BBC, programmez-vous une semaine pour maîtriser une technique (ou du moins, la travailler). Par exemple, prenez deux semaines pour réaliser une enquête, ou entraînez-vous à rédiger des dépêches à partir de l’AFP ou Twitter, le plus rapidement possible.
SE FORMER À L’ÉCRIT
En tant que journaliste, vous devez maîtriser la langue française et ses nuances, et posséder une grande aisance de style. Pour développer ses compétences de rédaction, je ne peux que vous conseiller de lire mon blog, d’une part, et d’autre part, j’ai créé un atelier en 3 formules pour vous apprendre à écrire. Je vous y enseigne les bases pour découvrir et maîtriser votre style.
Voici les articles qui vous aideront particulièrement :
- Rédiger un article journalistique (Sous-partie de Lancer sa carrière de rédacteur web)
- Comment trouver son style d’écriture
- Apprendre à écrire une histoire
- 6 étapes pour écrire un article de blog remarquable
SE CULTIVER
Pour être journaliste, il faut posséder une excellente culture générale, mais attention. Il ne faut pas tomber dans la révision de type « préparation à un concours de fonctionnaire ». Vous n’êtes pas censé savoir la date de naissance de Florence Arthaud ou la deuxième plus grande ville du Tadjikistan.
Nous sommes au XXIème siècle et Internet peut tout à ce sujet !
Pour posséder une solide culture tout terrain, je vous conseille de procéder comme suit :
Vous achetez un exemplaire du Monde, par exemple. Faites en sortes que chaque article du journal soit être entièrement compris. Notamment les sections financières, et géopolitiques. Un homme est cité que vous ne connaissez pas ? Vous faites vos recherches. Vous ignorez la nature et l’origine d’un conflit ? Idem. Avec rien qu’un journal, vous allez améliorer votre culture, de manière intelligente.
Quand vous aurez terminé, achetez un autre exemplaire et faites de même. Vous serez agréablement surpris de comprendre bien mieux les articles qui vous semblaient jusqu’ici inintéressants.
Je lis souvent : il faut être curieux. Mais tout le monde est curieux ! Nous ne le sommes pas tous dans les mêmes domaines, c’est tout ! Si vous lisez mon article Déscolariser ses enfants(…), vous comprendrez mieux pourquoi des légions d’enfants sont totalement démotivés à s’intéresser à de nombreux sujets.
Pendant longtemps, j’étais persuadée de détester la théorie théâtrale (je faisais un lycée théâtre), alors qu’en fait, je ne parvenais pas à me concentrer sur le ton désespérément monocorde de ma prof ! À présent, je préfère davantage la théorie à la pratique.
Il vous faut donc chercher les infos écrites ou filmées par des passionnés !
Pour les découragés chroniques (oui l’école vous a presque tué, et vous ne vous êtes jamais vraiment soigné, il vous faut une période de convalescence), je conseille de regarder des documentaires. Empruntez, téléchargez, zappez, matez.
SE SPÉCIALISER DANS UN DOMAINE
On vous le dit, le répète : vous aurez plus de facilités à vous vendre si vous êtes spécialisé.
Mais dans ce cas précis, je déconseille vivement à ceux qui sont plus motivés par la facilité qu’une véritable passion pour le sujet, d’opter pour la spécialisation.
Si la science n’est pas votre domaine de prédilection, vous souffrirez énormément à faire ce métier. Car en plus de la galère, vous serez confronté à l’ennui. Autant vous pendre. (Non, mais reviens)
Je connais une journaliste culinaire qui excelle dans son domaine et écrit des merveilleusement sur tout ce qui concerne la gastronomie. Elle n’a pas son pareil pour trouver des formules qui réveillent les papilles de ses lecteurs. Je me souviens encore de son « punch du wasabi qui vient bousculer le flegme du saumon ». 🙂 Elle se vend à des magazines culinaires, à de grands journaux, mais aussi aux magazines publicitaires que l’on trouve dans l’avion !
Néanmoins, ce job s’apparente beaucoup plus à de la rédaction web et print, qu’à du véritable journalisme. On vous y demandera rarement votre opinion…
LIRE
Il n’y a qu’une façon de lire qui permette vraiment d’apprendre : c’est de noter. Si vous faites partie des lecteurs (et j’en ai fait looongtemps partie 🙂 ) qui se disent « Naaan, mais ça je vais m’en rappeler », soyez moins prétentieux que moi et notez, car non, je vous jure, dans 24h, vous aurez même oublié que vous deviez vous en souvenir.
Donc, lisez le maximum d’articles journalistiques, et prenez des notes sur les formulations employées (il y a des réflexes d’écriture dont vous devrez vous inspirer), leur structure, ainsi que tout ce qui vous semble inaccessible. Par exemple, vous lisez la phrase :
« Dans ce chaos indescriptible, le silence des armes depuis quelques jours est une divine surprise. » (Courrier international, Eric Chol)
Et votre coeur se serre de pitié envers vous-même. Vous vous dites honteusement : « Nan mais attends, j’arriverai jamais à écrire une trop belle phrase comme ça, mwa ».
Tututu, consolez ce petit coeur meurtri et notez les mots employés qui vous semblent hors du commun:
-chaos, divin
Donc, le champs lexical de la mythologie. Vous aussi, cherchez des mots du champ lexical de la mythologie, et faites des phrases de classe internationale.
En général, veillez à employer le plus possible de verbes d’action, plutôt que des adjectifs. Ici, « indescriptible » est une solution de facilité pour l’auteur qui ne…parvient pas à décrire ! Et le verbe d’état « est » affaiblit la phrase.
Donc pas si badass que ça, vous pouvez faire mieux ! Prenez l’adjectif indescriptible et remplacez-le par un adjectif issu de la mythologie, ou du champ lexical du son (pour faire écho à « silence »), vous pourriez dire : chaos rugissant, éclatant, hurlant, ou homérique, tentaculaire…Et mieux encore, remplacez le nom et l’adjectif par un mot plus fort et plus adapté : cacophonie.
Et pour le verbe d’état : ‘est une divine surprise » fait ressentir que les hommes ayant perdu la raison, le silence ne pourrait être qu’une intervention divine…Pourquoi pas « Le silence des armes annonce une divine trêve. » ?
NOTER TOUT
Devenez le noteur en chef, grand utilisateur d’inspirations en tout genre. Où que vous soyez, notez vos pensées, remarques, anecdotes. Je conseille à tout le monde le logiciel Evernote qui permet de classer vos pensées en étiquettes.
De temps à autre, faites un tri de vos notes et rangez-les par catégories. « Histoires » ou « Morale » ou encore « Penser à… », et bien-entendu « Idées d’articles« . 🙂
APPRENDRE L’ANGLAIS
Parler anglais est indispensable en tant que journaliste, ne serait-ce que pour lire des articles, ou vérifier des sources. Cela vous permettra de contacter des personnes partout dans le monde, de voyager, d’enquêter et d’interviewer hors de la France.
Vous n’avez pas envie de passer 20h par jour à ingurgiter la méthode Wallstreet english, afin de rentrer dans leurs quotas de réussite à 99% (De ceux qui passent 20h par jour à étudier) ?
Voici quelques techniques pour apprendre l’anglais plutôt facilement :
- Jouez à des jeux vidéos. Beaucoup utilisent l’anglais. C’est pourquoi tous ces geeks de 16 ans parlent mieux l’anglais que vous.
- Regardez des séries en anglais, la première saison sous-titrée, puis un épisode sur deux non sous-titrés, puis prenez le risque de ouf de ne plus sous-titrer du tout, avec option frustration totale de ne pas avoir compris la blague à 17:23. (Ok, remettez les sous-titres pour cette fois).
- Partez faire du woofing en Angleterre, en Allemagne, en Suède, en Norvège, en Hollande…Bref, tous ces pays où les gens parlent couramment anglais. Immersion en mode vache-poule-terre crue, avec obtention de diplôme en jurons anglophones : « Holy shit, It’s fucking damn cold in this bloody country, and this pig smells like crap ! »
- Lisez en anglais. Moi aussi, au début, j’avais peur. Et puis j’ai lu « Memoirs of a Geisha » et j’ai tout compris, sauf des fois.
Pratiquer
Ce n’est pas parce que vous ne consacrez pas 5 ans en fac et grande école de journalisme, que vous pourrez outrepasser cette période formatrice, et immédiatement gagner votre vie. Il faudra consacrer du temps à votre formation, et considérer la pratique comme votre cursus obligatoire.
Mais cette formation par la pratique sera au final bien plus rapide que pour ceux qui sortent d’école, puisqu’eux aussi vont devoir galérer encore quelques années avant de gagner leur vie décemment. Autant vous y coller tout de suite.
Donnez-vous donc 5 ans pour arriver à vos fins, et du coup relâchez la pression quant à votre succès. Travaillez sans relâche, pour le plaisir, pour l’argent aussi tout de même, mais avant tout pour apprendre.
PUBLIEZ SUR DES MÉDIAS ALTERNATIFS
Plus libres, moins poussés par les conjonctures financières, moins assujetties aux deadlines anti-créatives, petit à petit, les médias alternatifs se font une place parmi les grands. L‘interview d’Obama sur Buzzfeed et celle de François Hollande sur Slate, permettent aujourd’hui de considérer ces médias comme l’avenir de la presse. Il y a seulement 2 ans, cette phrase aurait été jugée aberrante par l’élite journalistique.
Il existe de nombreux médias collaboratifs en ligne qui permettent de se faire la main, de se faire connaître et de se confronter à la critique, voici les 3 principaux :
Rue89 : Site d’information et de débat, racheté par le Nouvelobs en 2007. Vos articles seront relus après soumission. Pour être validé, il faut que votre article soit de qualité et que vous l’accompagniez d’une petite présentation.
Médiapart : Média collaboratif qui prône avant tout la liberté d’expression. Chacun peut créer un espace personnel, fonctionnant comme un blog. Vous pouvez y publier ce que vous souhaitez, tant que cela respecte la charte.
Agoravox : « La voix du peuple » permet à chacun de s’inscrire et publier des articles. Sa politique éditoriale privilégie la publication d’informations inédites et ne bénéficiant pas de couverture médiatique. La parole est donnée à ceux qui veulent traiter des sujets originaux.
CRÉEZ UN JOURNAL
Pour connaître toutes les facettes de l’édition, et permettre à ses propres écrits d’acquérir de la notoriété, rien ne vaut la création de son propre média :
- Vous êtes étudiant : créez le journal de votre section, ou de votre école s’il n’existe pas déjà.
- Vous êtes salarié : créez un magazine pour les employés.
- Vous habitez un village, ou un grand quartier : créez la gazette de votre lieu de vie.
- Vous êtes membre d’une association : créez une newsletter…
CRÉEZ UN BLOG JOURNALISTIQUE
Donnez-vous la liberté de traiter les sujets d’actualité ou des reportages exclusifs, afin de vous entraîner et de vous faire connaître. Essayez différents styles, différents types d’articles et différents supports, c’est votre blog, votre terrain de jeu, et regardez-le évoluer !
De plus un blog vous permettra de pratiquer tous les formats de contenu possibles : infographie, présentation slideshare, animation, vidéo youtube, podcast retranscrit, dossiers, e-books…
Vous pouvez créer un blog spécialisé, dans lequel vous suivriez un sujet au fil des mois ou des années, ou encore un blog sur votre expérience pour devenir journaliste et ainsi interviewer des journalistes et vous faire des contacts…
Se vendre
Ça y est, vous vous sentez prêt à vendre vos services ? Alors, voici quelques conseils pour gagner vos premiers deniers en tant que journaliste débutant.
Déjà sachez que le tarif en vigueur actuellement, se situe entre 40 et 100€ le feuillet de 1500 signes, et 100€ pour un article web, et que le terme ours signifie « l’endroit où se situent les informations légales, noms et contacts des collaborateurs ».
PUBLIEZ DANS LES JOURNAUX LOCAUX
Il sera bien plus facile de se faire remarquer de la Gazette de Montélimar, que de l’Express. Alors, cherchez les informations de contact du rédacteur en chef dans l’ours, présentez-vous, dites quelques mots sympathiques sur le journal en question, et vos motivations à y participer, ainsi que ce que vous pouvez apporter.
Si le rédacteur lit un bon article et qu’il sait qu’il en recevra d’autres par la suite, cela peut le mettre en confiance, il est toujours bon d’avoir dans ses rangs du sang frais, sur lequel on peut compter !
CONTACTEZ LES RÉDACTIONS
Vous êtes déjà un peu rôdé, ou alors très ambitieux.
Cherchez les infos dans l’ours et envoyez un synopsis de votre article : un titre accrocheur, quelques lignes de description du sujet, et proposez un angle.
Faites attention à ne pas vous faire voler un sujet, en restant le plus évasif possible sur vos contacts ou les lieux concernés.
Les rédacteurs préfèrent le téléphone, mais par mail c’est possible aussi.
FORMEZ-VOUS À LA PHOTO
Journaliste et photographe sont deux métiers bien distincts, mais vous former à des notions de photo ne peut en aucun cas vous nuire !
Au contraire, si vous proposez à un magazine ou un journal, un article avec de bonnes photos déjà faites, cela peut leur éviter d’avoir 1) à payer un photographe en plus, 2) à chercher de bonnes photos libres pour illustrer, évitez tout de même d’offrir vos photos et négociez un forfait article + photos.
CRÉEZ UN PORTFOLIO
Si vous avez un blog, vous pouvez en faire une section de celui-ci. Mettez des images, impressions d’écrans et scans de vos publications, avec des liens redirigeant vers vos articles. Cela vous permettra de montrer vos travaux rapidement.
Vous pourrez l’intituler : Mes travaux, mes publications, etc.
SOIGNEZ VOS RELATIONS
Fréquentez des journalistes ! Entrez en contact par les réseaux sociaux, ou par le biais des médias sur lesquels vous publiez déjà, par votre blog, en commentant leurs propres blogs…
Invitez-les à boire un verre pour leur poser quelques questions sur le métier ou sur le sujet que vous travaillez actuellement. Voyagez et rencontrez les journalistes sur le terrain. Essayez d’entrer en contact avec le plus de monde possible, en participant à des causes, en écoutant les gens parler.
Votre sociabilité vous permettra d’être prévenus sur des événements, recevoir des bons plans pour des articles, de posséder des informations exclusives.
Mais il n’y a pas qu’avec les journalistes que vous devez sociabiliser. Prenez l’habitude d’écouter parler les gens et de les relancer en appliquant la méthode du « psychanalyste » :
– Je fabrique des drônes dans mon garage.
– Dans ton garage ?
– Oui, je compte devenir un tout nouveau genre de détective privé grâce à ça.
– Un détective privé ?
– etc.
Par exemple, lors d’un voyage en Corse, j’ai été logée (par hasard hein) par des membres (très) actifs du FLNC, et ai passé le réveillon de la nouvelle année « en famille ». Une conjointe d’un des membres m’a parlée. J’ai écouté et relancé. Alors, elle m’a parlé encore.
Et le résultat de cette « conversation » pourrait faire le buzz : « Ce que j’ai appris en mangeant des huîtres avec des plastiqueurs corses ».
INTERVIEWER DES PERSONNES CONNUES, (OU EN PASSE DE LE DEVENIR)
Les journaux valorisent les interviews exclusives, c’est de l’information inédite, et même si votre interview n’est pas très bien rédigée, la parole de la personne connue vaut de l’or, surtout à une période où elle intéresse tout le monde.
« Mais comment jfais moi pour accoster des peoples ? » demande Anne-Clotilde, facilement intimidée.
C’est fastoche Anne-Clotilde, tu entres en contact avec eux avant qu’ils soient trop connus et harcelés par la terre entière. En suivant un comédien, musicien ou homme politique tout au long de sa carrière, vous élaborez avec lui une relation privilégiée, qui vous permettra le jour venu, d’être en première ligne pour la grosse interview de l’année, de la vendre cher, et de vous faire remarquer.
Comme Lawrence Grobel, qui a suivi Al Pacino et s’est entretenu avec lui pendant 27 ans, et qui fut au final le seul autorisé à recueillir ses confessions, aboutissant ainsi sur le magnifique ouvrage « Al Pacino, entretiens avec Lawrence Grobel« .
Il peut être aussi intéressant d’interviewer des personnes même peu connues, participant à des événementiels, et de manière exclusive. Par exemple, pour mon cours de civilisation chinoise, j’ai dû réaliser un dossier sur un sujet, et j’ai choisi le théâtre Nuo (théâtre traditionnel et rituel, pratiqué dans les campagnes). Justement, à ce moment-là, passait sur Paris, une troupe de théâtre Nuo pour la première fois en France !
Je suis allée sur place, et j’ai demandé à interviewer les acteurs (des paysans chinois qui ne parlaient que le chinois). Les organisateurs ont cherché une traductrice pour moi, et j’ai pu interviewer le directeur de la troupe. Certains journalistes qui avaient traité l’événement ne s’étaient même pas déplacés, et d’autres étaient venus 10 minutes, avaient fait quelques photos, et quelques recherches. Je suis donc la seule à ce jour en France, à posséder une interview d’acteur de théâtre Nuo. (Et j’ai eu 20/20. 🙂 ) Ce genre d’interview aurait pu intéresser un magazine spécialisé, n’est-ce pas ?
Et d’ailleurs…
PROPOSEZ VOS ARTICLES À DES MAGAZINES SPÉCIALISÉS
Si vous avez décidé de vous spécialiser dans un domaine, il vous sera plus facile de trouver du travail. En effet, pour le rédacteur, il ne s’agit pas seulement d’être compétent en tant que journaliste, mais d’avoir de solides connaissances dans le domaine concerné.
Il est d’ailleurs d’autant plus recommandé de tenir un blog sur le sujet. En plus, comme ça, si votre article est refusé (plusieurs fois), vous pourrez le publier dessus.
ENTREZ PAR LA PETITE PORTE
J’avais un prof de théâtre au lycée qui nous disait souvent : faites-vous embaucher dans un théâtre pour passer le balai, apprenez par coeur le rôle de l’acteur. Un jour, il sera malade et vous serez le seul, déjà sur place, et qui connaît le rôle.
Alors, demandez à faire le café et les photocopies au sein de journaux prestigieux, et soyez le parasite aux aguets, prêt à rédiger une dépêche quand le stagiaire sera malade ou en retard.
Pour les persévérants, doués d’une certaine abnégation.
RÉALISEZ UN GRAND REPORTAGE
Il semble évident que rédiger un article avant que qui ce soit ne vous l’ai acheté, est un gros pari sur l’avenir.
Mais si vous lisez régulièrement un magazine et que vous savez que certains reportages les botteront à coup sûr, réalisez une grande enquête, un grand reportage sur le terrain, un dossier inédit sur un sujet, avec de bonnes photos, que vous ferez vous-même, ou en vous associant avec un photographe qui utilise la même stratégie que vous.
Le journalisme d’investigation est fascinant et demande beaucoup de courage, et de prendre du temps.
Soyez prêt à prendre des risques, à vivre des aventures exceptionnelles, à être témoin de faits rares, à entrer en zone de combat pendant une guerre, à vous rendre en bateau parmi les rues dévastées par un tsunami, à enfiler une combinaison pour relater d’une catastrophe nucléaire, à risquer votre vie en vous infiltrant dans un camp en Corée du Nord, ou en entrant en contact avec des Sentinelles…
Devenez un journaliste engagé comme Günter Wallraff, qui s’est déguisé pendant 2 ans en immigré turc, afin d’enquêter au coeur de l’Allemagne des années 80.
Mais même sans aller jusque là, si vous partez à la découverte d’un peuple, et réalisez un reportage sur leur mode de vie, leurs difficultés, que l’article est traité sous un angle d’actualité…Cela a toutes les chances d’intéresser la presse.
OBTENEZ VOTRE CARTE DE PRESSE
Elle n’est pas obligatoire pour devenir journaliste, mais elle sera un outil bien pratique pour entrer sur les événements, et obtenir quelques privilèges.
Il vous faudra minimum 3 mois de fiches de paies (piges), d’un montant minimum de 600€, ou 3 mois en tant que salarié au sein d’un journal pour que votre demande soit prise en compte.
Il y aura une vérification !
Voici les infos pour demander votre carte :
http://www.ccijp.net/article-19-formulaires-de-demandes-individuelles.html
Développez ces qualités
Difficile de développer des qualités…Disons, cherchez ces qualités en vous ! Ou faites un bilan sur ce qui vous bloque, et faites des coachings pour booster ces différents aspects. Ou encore laissez tomber, parce que vous ne correspondez à aucun de ces critères, et que de toutes façons votre mère vous l’avait bien dit, et qu’y faut pas rêver…
Indépendance
Vous êtes le maître de l’autonomie, docteur ès débrouillardise, bref, vous êtes habitué à ce que personne ne vous dise de faire ci ou ça, ni ne vous prenne par la main.
Vous êtes livré à vous-même, tout le temps, et plutôt solitaire dans votre genre. Vous n’aimez pas qu’on vous donne des ordres, ni qu’on vous dise comment travailler. À l’école, vous étiez déjà du genre à étayer vos recherches sur les leçons à apprendre par coeur.
Intransigeance
Vous ne supportez pas l’à peu près, et êtes perfectionniste dans l’âme. Vous vérifiez vos sources, relisez vos fautes, tremblez devant la formulation hasardeuse de votre chapô. Vous vous considérez comme un virtuose (ou du moins en ressentez tout le potentiel, intérieurement).
Persévérance
Votre article est refusé ? Demandez si un autre angle pourrait intéresser l’éditeur. Réessayez le même article quelques mois plus tard, ou dans un autre journal. Décidez que vous deviendrez connu tout seul, grâce à votre blog, et que cet article sera ENFIN reconnu à sa juste valeur.
Rapidité
Vous êtes le Speedy Gonzales du bulbe, le Michel Petrucciani du clavier AZERTY, habitué à s’écrier « A y est fini ! » avant tout le monde, tout le temps. Vous trouvez les gens mous et lents. Vous tweetez plus vite que l’éclair et trépignez en insultant votre smartphone de ne pas s’allumer assez vite.
Laboriosité
Vous aimez cravacher, taffer, turbiner. Vous vivez le travail comme Bouddha son éveil. Totalement illuminé du matin au soir, vous chantez « Hé hi, hé ho, j’adoreu mon boulot ».
Esprit de synthèse
Votre esprit est comme un Rubik’s cube à 16 faces, dont vous possédez la solution. Votre pensée arborescente part à droite, à gauche, pas de soucis. À la fin, vous regardez l’arbre d’en haut, puis d’en bas, tout vous semble cohérent.
Lectures formatrices et inspirantes
Ouvrages :
Dictionnaire amoureux du journalisme de Serge July (mettre description)
Guide du travailleur autonome : Tout savoir pour réussir votre carrière de pigiste, de Jean-Benoît Nadeau
Le journaliste indépendant. Guide à l’usage des pigistes, de Alain Guillemoles
Les métiers du journalisme, de Élodie Thivard
Guide de la pige, de Xavier Cazard
Blogs :
https://obsweb.net/, blog d’Eric Tenin
Le blog hilarant de David-Julien Rahmil
Woilà ! J’espère que j’aurai suscité quelques vocations ! N’hésitez pas à me poser des questions, hein. Bisous.














Merci Sophie pour cet article. Je l’ai dévoré comme un chien dévore son os avec passion ! Je suis rédactrice web depuis peu, cependant je sentais que je n’étais pas totalement satisfaite et en phase avec les valeurs. Il me manquait ce petit truc qui te donne la motivation de continuer, d’écrire. Parce que la rédaction web, c’est bien, car j’adore écrire, mais au final on ne fait que du recyclage d’informations et on ne cherche pas par soi-même. Or, dans le journalisme on est fier de pondre un article qui vient de nous. Et puis le journaliste ne reste pas derrière son ordi, mais il sort, il s’aventure dehors, il vit, il ressent. Et c’est ça qui me manque ! J’aurais pu l’être, mais je suis fâchée avec les études. Rester cinq ans sur des bancs d’école pour être payée une misère ensuite… Non non non. Mais grâce à ton article, tu m’as prouvé qu’il était possible d’y arriver sans diplôme, en travaillant dur et passionnément. Alors, encore une fois, merci !
Bon bah voilà..un grand merci à toi d’avoir fait ma journée !! T’avoir lu à été un vrai régal pédagogique,accompagné d’un grand gommage mental au rayon des questions sur ce sujet ,saupoudré de good vibes motivantes pour explorer cette orientation professionnelle pour certains et pour d’autres y compris ma petite personne,un devenir de vie tout simplement…
Encore merci et au plaisir de te relire…
Merci Jonat ! Bonne chance avec ton futur destin de journaliste !
Tellement inspirant, grignoté au fil des années par un travail qui ne me convient, faisant semblant d’apprécier au point de m’oublier, vous m’avez réconforté d’une certaine façon et je vous en remercie.
Bonjour Sophie,
Merci pour cet article plein de pêche et d’humour.
Je fais partie de la team « j’ai toujours voulu écrire mais on m’a dit que je ne gagnerai pas ma vie comme ça. » Donc école de commerce, cadre, grosse boîte… Finalement, à 40 ans passés et après un congé parental de 2 ans, j’ai quitté ma « grosse boite qui payait » juste avant de me faire engloutir par un burn out imminent. Au « chômage » version mère 3.0 et en plein questionnement #changeonsdevieetlaplanèteaussi, je me suis lancée en tant que correspondante locale de ma petite ville pour un gros journal régional dans le but de me frotter au métier. Bon, c’est payé au lance-pierre et je ne signe pas mes papiers. Mais je m’éclate dans mes menus reportages.
Ma question 1: Est ce que cela peut être une porte d’entrée valable vers le métier? J’ai l’impression d’un… « dédain » de cette fonction de la part des « vrais » journalistes… mais je peux me tromper.
Ma question 2: Que pourrait être la prochaine étape logique et intéressante dans mon cas?
Merci encore et au plaisir de vous lire à nouveau.
Très instructif ce site. Je commente ici mais j’ai parcouru plusieurs rubriques et je sens que j’ai de la bonne matière pour apprendre et progresser.
Merci!
Merci beaucoup pour cet article.
Actuellement en souhait de reconversion professionnelle, j’hésite tout de même à faire une formation (la plus courte possible de 6 à 9 mois) histoire d’avoir des bases, un “diplôme” et me constituer un premier réseau….Il est tout de même, à plus de 30 ans, assez difficile de partir “de rien” !
J’ai donc deux questions :
– Quelle formation me recommanderiez-vous malgré tout pour mon cas ?
– Y’a-t-il des associations de journalistes (en particulier ceux qui le sont devenus comme moi, après une première expérience professionnelle dans un autre métier) avec qui je pourrais m’entretenir pour recueillir témoignages et benchmark ?
Merci par avance
Bonjour Nono,
Tout ce que je peux te dire est déjà dans l’article. Il faut être assez autonome et faire vos propres recherches ! Merci pour votre passage ici. 🙂
Mais quel article fou ! On ne peut plus complet et didactique, et surtout qui force l’admiration. En le lisant, mon ventre a fait des papillons tout en me susurrant ces trois mots doux : « vas-y maintenant ». Encore merci.
Merci beaucoup Laure, oui lance-toi sans hésiter ! 🙂
Admirative devant ton article !
Merci Sophie trop on ne peut plus complet !!!
Salut
Je suis du Maroc j’écris bcp .
Merci
Oh putain trop cool ! Merci pour toute ces informations ! Je saute sur cette opportunité en or 😉
MERCI ! Des conseils terre-à-terre, une pensée out of the beaten path, et une bonne dose de positivisme, tu m’as donné tout ce qu’il me manquait. MERCI !
Inspirant en diable ! Merci pour ce bel et spirituel article 🙂
Cet article motive énormément, ce que j’aimerais faire plus tard c’est ; animatrice de télévision , présentatrice de télévision, vous appeler sa comme vous voulez ( et meme chroniqueuse ) & pour commencer dans ce millieu selon moi la clé c’est le journalisme.
J’ai tous lu du début à la fin, je regrette absolument pas et c’est pourquoi j’aimerais savoir si vous savez comment s’inscrire à la Street School ?!
Sa à l’air très intéressant j’ai 21 ans je suis passionné depuis mon plus jeune age et j’ai jamais su réellement quel sont les clé pour ce métier, ni comment m’y prendre, ni comment me mancer, votre article m’aide et c’est pour sa que j’aimerais contacter la Street School et j’aurais besoin de votre aide si possible car je ne trouve aucune information de contact.
M E R C I .
Hello Laila,
Sur leur FAcebook peut-être ? https://www.facebook.com/StreetSchoolbyStreetPress/ Belle journée !
Que dire à part Merci.
Ah oui j’ai trouvé: WHAOUUU !!!
C’est le meilleur article sur le sujet que j’ai lu.
Sans perdre une seconde, je colle cette URL dans mes favoris, certain que je vais lire cet article a nouveau.
À très bientôt !
Je me nomme Dali Edison, Correspondant Régional du Quotidien l’Expression à Adiaké dans la région du Sud-Comoé de Côte-d’Ivoire. Vos conseils me seront très utiles.
J’ai été très ravi des conseils de Sophie Gauthier. C’est pourquoi je voudrais rejoindre son groupe.